L'Europe replonge dans les turbulences avec le Portugal

Publié le par actubourse

Samedi 26 Mar 2011 à 00:00

L'Europe se prépare à une période difficile dans les semaines à venir pour gérer le cas du Portugal, menacé de devoir rapidement demander une aide financière, alors que la crise de la dette a pris dans ce pays comme en Grèce et en Irlande une tournure politique.

La ministre française de l'Economie Christine Lagarde a estimé que les pays membres de la zone euro seraient unis pour soutenir si nécessaire le Portugal, "si les conditions sont remplies".

Mme Lagarde, qui rencontrait un petit groupe de journalistes à Chicago (nord des Etats-Unis), a refusé de dire si elle jugeait nécessaire un plan de soutien financier au Portugal.

"Rien n'est encore décidé", a-t-elle dit. "Je ne ferai pas de commentaire".

A la question de savoir si la zone euro serait unie pour soutenir le Portugal si nécessaire, Mme Lagarde a répondu par l'affirmative, "si les conditions sont remplies".

"Si le Portugal devait nous demander de l'aide, et je n'ai aucune raison de penser que cela va se produire, le parapluie financier que nous avons mis en place suffira", avait assuré plus tôt vendredi le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, en marge d'un sommet européen à Bruxelles.

"C'est aux autorités portugaises de décider ce qu'elles feront", a souligné le président français Nicolas Sarkozy.

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE se sont dans le même temps dits prêts sous condition à aider Lisbonne. M. Juncker a même évoqué un montant possible de 75 milliards d'euros.

Dans l'immédiat, l'Allemagne met la pression sur Lisbonne. Les différents partis politiques ne doivent pas seulement s'engager à réduire les déficits, mais aussi aussi "dire publiquement, clairement, quelles mesures on propose", a dit la chancelière Angela Merkel.

Le déclenchement d'un éventuel plan d'aide au Portugal n'est de toutes façons pas attendu à court terme. "Le Portugal n'a pas besoin de plan de sauvetage", a martelé le Premier ministre portugais démissionnaire, José Socrates.

Toutefois, la menace pèse désormais clairement sur la zone euro, après la démission mercredi de M. Socrates. Et l'incertitude devrait durer plusieurs semaines, car le Portugal s'avance vers des élections anticipées.

Si ce scrutin est convoqué, il n'aura lieu que 55 jours plus tard comme prévu par la constitution, ce qui reporterait d'autant tout plan de sauvetage.

Selon une source européenne, le Portugal ne devrait pas demander d'aide avant les élections, qui devraient avoir lieu fin mai ou début juin.

Mais la pression des marchés augmente: les agences de notation Standard and Poor's et Fitch ont tour à tour abaissé de deux crans la note de la dette souveraine du Portugal, entraînant les taux auquel Lisbonne emprunte sur le marché obligataire à de nouveaux niveaux record vendredi.

Or, le Portugal doit faire face à deux importantes échéances: il doit refinancer plus de 4,2 milliards d'euros à la mi-avril et près de 4,9 milliards le 15 juin.

Les besoins devraient être couverts en avril, même à un taux très élevé, mais plus difficilement en juin, selon des analystes, renforçant à ce moment là la probabilité d'une demande d'aide.

Dans le même temps, le dernier mot n'est pas dit. Après les élections, le gouvernement portugais pourrait être en meilleure position politique pour appliquer des mesures d'austérité et éviter peut-être le plan d'aide, juge une source européenne.

En attendant, les Européens se retrouvent à nouveau face à une crise politique dans un pays déjà touché par la crise de la dette.

Déjà, elle avait fait chuter le gouvernement de Costas Caramanlis en Grèce en octobre 2009 et celui de Brian Cowen en Irlande le mois dernier.

Avec le Portugal, c'est un nouveau "gouvernement de l'UE qui tombe victime des programmes d'ajustement et ce n'est pas un bon signal", souligne un diplomate européen de haut rang.

La crise financière "est devenue aujourd'hui une crise politique", analyse le Premier ministre belge Yves Leterme.

Les partis populistes eurosceptiques ou europhobes profitent aussi partout en Europe de la situation en grimpant dans les sondages, comme en Finlande avec le parti nationaliste des Vrais Finlandais ou en France avec le Front national qui réclame une sortie de l'euro.

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