Frédéric Oudéa, Président-directeur général de Société Générale : « Société Générale a les reins solides, des fondamentaux sains »

Publié le par actubourse

En Bourse, l’action de son groupe a été matraquée tout l’été. Fermement décidé à tordre le coup aux rumeurs les plus folles, Frédéric Oudéa veut dissiper toutes les inquiétudes entretenues autour de sa banque.

 

Entre la multiplication des rumeurs dans la presse anglo-saxonne et le refus de financiers américains de prêter aux Européens, peut-on parler d’une attaque anglo-saxonne contre la Société Générale ou contre la finance européenne ?

 

Revenant des Etats-Unis, je peux confirmer qu’il existe beaucoup d’anxiété à propos de l’Europe. Dans un contexte d’inquiétude sur leur propre économie, les Etats-Unis reportent leurs craintes sur l’Europe de façon excessive. Ils estiment qu’il faut appliquer à l’Europe les mêmes recettes que celles mises en place aux Etats-Unis pendant la crise de 2008, soit un plan général de recapitalisation des banques. Mais la situation européenne est différente et le système bancaire européen ne fonctionne pas de la même façon, en particulier dans le financement de l’économie. Ils ont aussi tendance à généraliser la situation en oubliant que les pays ne sont pas tous dans la même situation, que le paysage bancaire européen est diversifié, et donc qu’un plan global n’a pas de sens. Le climat est devenu irrationnel et malheureusement très propice aux rumeurs fausses et nocives contre les banques européennes, et françaises en particulier.

  

Vous préparez-vous à un scénario de nouvelles dépréciations sur la dette grecque ? Quelle est l’exposition de votre filiale Geniki à l’économie grecque ?

  

La Grèce n’est pas un enjeu significatif pour nous. Nous avons une exposition nette de 900 millions d’euros aux obligations d’Etat grecques après dépréciation. Même s’il fallait faire plus, ce serait tout à fait gérable pour le groupe. En ce qui concerne notre filiale Geniki, elle porte 3,3 milliards d’euros de créances à l’économie privée grecque, qui sont déjà largement provisionnées par rapport aux autres banques grecques. Quant à la dette souveraine totale des cinq pays considérés « à risques » de la zone euro (Irlande, Portugal, Grèce, Italie, Espagne), l’exposition du groupe s’élève à 4,3 milliards d’euros. Même dans les hypothèses extrêmes sur la zone euro, cela représenterait des pertes absorbables au regard de notre 1,7 milliard d’euros de résultat net sur le premier semestre 2011 et de notre base de capital. Quant aux fameux credit default swaps (CDS), notre exposition est négligeable sur ces pays ; à aujourd’hui elle représente par exemple moins de 1 million d’euros sur la Grèce. Au total, j’affirme qu’il n’y a pas de risque d’impact important des dettes souveraines pour le groupe et donc pas de besoin urgent de recapitalisation. Cela dit, nous ne devons pas rester immobiles : c’est pourquoi nous avons décidé d’accélérer les évolutions prévues par notre plan stratégique.

  

Le marché se refuse à l’idée que vous puissiez échapper à une recapitalisation. Pourquoi ?

 

Entre la fin 2007 et juin 2011, Société Générale a doublé ses capitaux propres qui sont passés de 21 à 41 milliards d’euros et notre ratio core tier one est passé de 5,9 % à 9,3 %, ce qui est considérable. Nous avons de plus confirmé que nous serions au rendez-vous des nouvelles exigences réglementaires avec un ratio de core tier one Bâle III bien supérieur à 9 % fin 2013. Je crois que nous ne faisons donc pas partie des acteurs concernés par ce besoin de recapitalisation.

  

Eprouvez-vous de réelles difficultés de refinancement en dollars ?

 

Il est vrai que les fonds monétaires américains, les money market funds, ne sont plus enclins à financer les banques européennes du fait de changement réglementaire et sous la pression de leurs propres clients inquiets de la situation européenne. A la Société Générale, nous avons su nous adapter rapidement à la situation. Nous avons d’une part réduit nos besoins en dollars par la cession d’actifs en extinction et par la réduction des positions à court terme non liées aux clients. Nous avons d’autre part développé des sources de refinancement alternatives avec des mises en pension (« repo ») d’actifs et des swaps en dollars de ressources en euros sur les marchés interbancaires. La liquidité en euros reste par ailleurs abondante et nous avons les coussins de liquidité suffisants pour gérer les aléas de la situation. Les banques centrales viennent de s’engager à collectivement assurer la liquidité du système financier. Nous mettons aussi en œuvre des mesures d’adaptation plus structurelles.

  

Lesquelles ?

Nous venons d’annoncer un plan de réduction des activités consommatrices de dollars ; les activités concernées représentent environ 4 % des revenus de la Banque de financement et d’investissement.

Après la chute du cours, avez-vous reçu des offres sur la Société Générale ?

Absolument pas. Tous les acteurs européens sont dans la même situation. Et s’ils sont plus épargnés, les acteurs non européens gèrent leurs propres problèmes. Je comprends l’inquiétude, la frustration de nos actionnaires et actionnaires salariés face à ces valorisations boursières irrationnelles. Notre valorisation actuelle sous-estime complètement notre valeur économique fondamentale ; elle représente moins que notre seule banque de détail en France ! Je voudrais tout de même rappeler qu’avec plus de 150.000 collaborateurs et un bilan de plus de 1.000 milliards d’euros, Société Générale a les reins solides, des fondamentaux sains, et nous avançons résolument sur nos chantiers de transformation.

 

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