Chômage: l'auto-satisfecit du gouvernement français

Publié le par actubourse

Écrit par Administrator
Mardi, 31 Mai 2011 00:00
editorialPôle Emploi a livré la semaine dernière les chiffres du chômage pour le mois d'avril. A première vue, c'est une nouvelle performance pour le gouvernement et aussi pour le ministre du Travail, Xavier Bertrand. Comme le soulignait le Figaro.fr dans son édition de mercredi dernier, « la belle série continue » pour le ministre. En effet, arrivé il y a six mois au ministère, Xavier Bertrand peut, semble-t-il, se targuer d'un premier bilan plutôt positif avec une baisse pendant quatre mois consécutifs du chômage en France. La baisse en avril a atteint 0.4%.

Cependant, la convention veut en France depuis plusieurs années que le gouvernement se base, du moins quand cela lui convient, sur la catégorie A qui regroupe les sans emplois inscrits à Pôle Emploi. Cette notion de sans emplois est distincte de la définition du Bureau International du Travail. Il convient de noter que le gouvernement peut aussi, lorsque cela lui convient, s'arranger avec les chiffres. Christine Lagarde n'avait-elle pas, en mai 2008, opinément choisi de faire référence aux catégories A, B et C, au lieu de la seule catégorie A afin d'annoncer une « stabilisation » du chômage au lieu d'une hausse.

Xavier Bertrand n'a pas eu à jouer avec les chiffres cette fois-ci. Le chômage est en effet en train de baisser, du moins pour la catégorie A. En période de reprise économique, cette mécanique semble presque inévitable. En effet, au premier trimestre de cette année, le pays a enregistré une croissance de 1%, soit la deuxième meilleure performance de la zone euro après l'Allemagne.

Cependant, à y regarder de plus près, le bilan du gouvernement est moins positif. En effet, en prenant en compte les catégories B et C qui font référence au travail à temps partiel, la baisse du chômage n'est plus que de 0.2%. Le gouvernement considère que la hausse du chômage à temps partiel est un ajustement normal en période de reprise économique. Il devrait revoir sa copie.

L'augmentation de la précarité de l'emploi qui est, pour une fois, réellement soulignée par les syndicats n'est pas un phénomène nouveau. Le principal défi de la France n'est pas le chômage conjoncturel qui diminuera automatiquement avec une hausse de la croissance mais bien le chômage structurel qui est présent depuis au moins le début des années 80. Ce n'est pas avec une explosion du temps partiel, de l'interim et des autres formes de travail précaire que ce chômage-là sera réduit. Malheureusement, aucun gouvernement, de droite ou de gauche, ne souhaite ou n'est capable de prendre les décisions nécessaires pour s'attaquer à ce défi majeur.

Au contraire, l'objectif est surtout d'afficher de bons résultats en termes de chômage. C'est là qu'intervient justement la manipulation des chiffres. En effet, le taux de chômage présenté est loin de refléter la réalité du marché du travail puisqu'il ne prend, notamment, pas en compte le phénomène des chômeurs découragés, notion qui n'est quasiment pas acceptée dans les couloirs du Ministère du Travail mais que tous les sociologues considèrent comme une triste réalité. La technique est évidemment aisé: à force d'entretiens sans but, sans résultat, nombreux sont les chômeurs qui ne se présentent plus à Pôle Emploi et quittent ainsi les statistiques. Pôle Emploi, résultat de la fusion entre l'ANPE et les Assedic, qui était présenté comme le fer de lance d'une nouvelle politique de l'emploi en France, n'est qu'une vaste machine administrative qui traite des dossiers et broie ses employés. Lorsque les demandeurs d'emplois sont convoqués pour leur « suivi mensuel personnalisé » et que ce suivi personnalisé se déroule dans le cadre d'une rencontre collective, il n'est plus question d'accompagnement au retour à l'emploi mais de démarche administrative visant à alimenter la machine à sortir des indicateurs.

Derrière les effets d'annonce du gouvernement se cache en fait une vacuité stratégique en matière de politique de l'emploi qui reflète parfaitement le manque de compréhension de l'activité économique et du marché du travail de la part de responsables politiques qui n'ont, pour la plupart, jamais été confrontés à la vie réelle et quotidienne de dizaines de millions de français.


Par Christopher Dembik

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